Etat liquidatif après divorce. Distinguer procès-verbal de carence et procès-verbal de difficultés

L’arrêt de la Cour de cassation en référence a été rendu en matière de liquidation des intérêts patrimoniaux d’un couple après divorce. Il concerne l’ensemble des partages judiciaires car il procède à la nécessaire distinction entre le procès-verbal de carence, dressé par le notaire en cas d’absence d’une partie convoquée par ses soins, et le procès-verbal de difficultés qui comporte les dires des copartageants, en cas de désaccord sur le projet d’état liquidatif établi.

th

Les art. 1373 et 1374 du Code de procédure civile (CPC), dans leur rédaction issue du décret n° 2006-1805 du 23 décembre 2006, mettent en place un processus dans lequel le notaire désigné pour élaborer le projet liquidatif dresse un procès-verbal de dire (appelé aussi procès-verbal de difficultés) qui sera remis au juge commis au partage, afin que ce dernier procède à un rapport pour permettre au tribunal de statuer sur les points de désaccords subsistants.

Afin de permettre de procéder enfin à un partage, l’art. 1374 précité consacre un principe d’unicité de l’instance en disposant que les demandes faites en application de l’art. 1373 CPC entre les mêmes parties, qu’elles émanent du demandeur ou du défendeur, ne constituent qu’une seule instance. Une sanction procédurale accompagne cette obligation, le texte précisant que toute demande distincte est irrecevable à moins que le fondement des prétentions ne soit né ou ne soit révélé que postérieurement à l’établissement du rapport par le juge commis. Ainsi, en cas de demande formulée par l’un des copartageants après la remise du rapport par le juge commis, une irrecevabilité est encourue, mais encore faut-il qu’un tel rapport ait été rédigé et que, pour ce faire, le notaire dresse un procès-verbal contenant les dires des copartageants.

Dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt rendu le 14 mars 2018, la femme n’a pas comparu de la sorte devant le notaire, et ce dernier a rédigé logiquement un procès-verbal de carence. Saisis par le mari, un juge aux affaires familiales, puis une cour d’appel, homologuent le projet d’état liquidatif et déclarer irrecevables les demandes de l’épouse, dès lors que ces contestations n’avaient pas été soumises au notaire en raison de la carence de madame. La cour d’appel ajoute une condition pour justifier cette irrecevabilité en jugeant qu’en cas de carence d’une partie, seule la légitimité démontrée de son absence est de nature à rendre sa demande ultérieure irrecevable

La Cour de cassation casse l’arrêt en jugeant qu’en statuant ainsi alors que le notaire n’avait pas dressé de procès-verbal reprenant les dires respectifs des parties et que le juge commis n’avait pas établi de rapport au tribunal des points de désaccords subsistant entre les parties, la cour d’appel a violé les art. 1373 et 1374 du Code de procédure civile.

Le procès-verbal de carence n’est pas un procès-verbal de difficultés.


  • Cour de cassation, 1re Chambre civ., 14 mars 2018, pourvoi n° 17-16.045

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.