Conséquence du défaut de déclassement du domaine public sur l’acte de vente subséquent

Si l’absence de déclassement d’un immeuble du domaine public ayant fait l’objet d’une vente ne constitue pas un vice régularisable, l’intérêt public local – apprécié par le juge administratif – qui s’attache à la cession peut s’opposer à ce qu’il soit enjoint à la collectivité de résoudre le contrat ou de saisir le juge judiciaire du contrat.

Le conseil municipal de la Ville de Levallois-Perret a, par une délibération en date du 23 mai 2005, autorisé le maire de la commune à signer la vente d’un ensemble immobilier appartenant à la commune situé dans le Val-d’Oise sur le territoire des communes de Vallangoujard, Labbeville et Menouville. La vente est intervenue par acte notarié signé le 2 mars 2006.

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Par un jugement en date du 24 novembre 2011, le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé la délibération en date du 23 mai 2005 en raison de l’absence de décision expresse de déclassement du bien immobilier cédé qui appartenait au domaine public de la commune et revêtait de ce fait un caractère inaliénable.

L’annulation d’un acte détachable d’un contrat n’implique pas nécessairement la nullité dudit contrat. Il appartient au juge de l’exécution, après avoir pris en considération la nature de l’illégalité commise, soit de décider que la poursuite de l’exécution du contrat est possible, éventuellement sous réserve de mesures de régularisation prises par la personne publique ou convenues entre les parties, soit, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l’intérêt général, d’enjoindre à la personne publique de résilier le contrat, le cas échéant avec un effet différé, soit, eu égard à une illégalité d’une particulière gravité, d’inviter les parties à résoudre leurs relations contractuelles ou, à défaut d’entente sur cette résolution, à saisir le juge du contrat afin qu’il en règle les modalités s’il estime que la résolution peut être une solution appropriée.

Si l’annulation de l’acte détachable repose sur un vice de forme ou de procédure propre à cet acte et affectant seulement les modalités selon lesquelles la personne publique a donné son consentement, celle-ci peut procéder à sa régularisation, indépendamment des conséquences de l’annulation sur le contrat lui-même. Elle peut ainsi adopter, eu égard au motif d’annulation, un nouvel acte d’approbation avec effet rétroactif, dépourvu du vice ayant entaché l’acte annulé. Toutefois, l’absence, préalablement à l’autorisation donnée par le conseil municipal de procéder à la cession d’un bien immobilier de la commune, de délibération du conseil municipal prononçant le déclassement du bien en cause du domaine public, qui lui confère un caractère inaliénable, vers le domaine privé de la commune, constitue une irrégularité dont la gravité exclut qu’elle puisse faire l’objet d’une mesure de régularisation. Dans ces circonstances, la commune de Levallois-Perret ne peut utilement faire valoir que le bien en cause a été désaffecté par un arrêté du maire en date du 2 mars 2012 et que le conseil municipal a adopté, le 26 mars 2012 une délibération déclassant du domaine public les parcelles cédées le 2 mars 2006.

Mais il résulte de l’instruction qu’au regard de l’intérêt qui s’attache pour la commune de Levallois-Perret à la vente de terrains éloignés géographiquement et qui n’accueillaient plus à la date de leur vente de centre de vacances pour les enfants de la commune et de l’intérêt que présente pour les finances communales le maintien de la vente réalisée en 2006, il n’y a pas lieu d’enjoindre à la commune de Levallois-Perret de résoudre le contrat de vente du 2 mars 2006 ni de saisir le juge du contrat afin qu’il règle les modalités de cette résolution dans le cas où il l’estimerait appropriée.


  • Cour administrative d’appel de Versailles, 18 octobre 2018, req. n° 17VE00406, A c/ Commune de Levallois-Perret

Une réflexion au sujet de « Conséquence du défaut de déclassement du domaine public sur l’acte de vente subséquent »

  1. Décision fort surprenante qui sera probablement annulée par le Conseil d’État si le requérant a fait appel, l’affectation du domaine public ainsi que les principes d’imprescriptibilité et d’inaliénabilité de ce domaine ayant en effet valeur constitutionnelle.

    De même, si le bien était désaffecté de fait au moment de sa cession, comme le laisse entendre la décision, un déclassement rétroactif est possible (ordonnance n° 2017-562 du 19 avril 2017, article 12) dont les effets rendraient l’acte de vente lui-même licite.

    Beaucoup d’erreurs de droit dans cette décision.

    Par ailleurs, si le juge administratif estime qu’il n’a pas à enjoindre la commune de résoudre le contrat où de saisir le juge du contrat, rien n’empêche l’administré de demander lui-même la nullité de la vente auprès du juge judiciaire.

    Une décision à prendre avec des pincettes, donc, et qui ne fera probablement pas jurisprudence du fait qu’elle remet en cause des principes constitutionnels.

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