Changement du bénéficiaire de l’assurance-vie porté à la connaissance de l’assureur après le décès de l’assuré

Lors de son adhésion à la garantie décès d’un contrat d’assurance sur la vie souscrit auprès de la société Gan vie, A Y avait désigné son fils, M. Z Y ou, à défaut, sa femme, Mme X Y. comme bénéficiaire des sommes garanties ; qu’il avait fait part à l’assureur, dans une lettre du 20 juin 1982, de la modification de la clause bénéficiaire en faveur de son épouse ; à la suite du décès de son mari survenu le […] 1990, Mme X Y a obtenu de l’assureur le règlement du capital garanti, qui lui a été versé le 17 octobre 1991 ; M. Z Y, se prévalant de l’intention de son père de le désigner en définitive comme unique bénéficiaire du contrat d’assurance, a assigné Mme X Y en restitution de ce capital.

L’arrêt de la Cour de cassation a été rendu au visa de l’art. L. 132-8 du Code des assurances dans sa rédaction applicable au litige.

Il résulte de ce texte que l’assuré peut modifier jusqu’à son décès le nom du bénéficiaire du contrat d’assurance sur la vie, dès lors que sa volonté est exprimée d’une manière certaine et non équivoque et que l’assureur en a eu connaissance ; qu’en l’absence de désignation d’un bénéficiaire dans la police ou à défaut d’acceptation par le bénéficiaire, le contractant a le droit de désigner un bénéficiaire ou de substituer un bénéficiaire à un autre ; que cette désignation ou cette substitution ne peut être opérée, à peine de nullité, qu’avec l’accord de l’assuré, lorsque celui-ci n’est pas le contractant ; que cette désignation ou cette substitution peut être réalisée soit par voie d’avenant au contrat, soit en remplissant les formalités édictées par l’art. 1690 du code civil, soit par voie testamentaire.

Pour condamner Mme X Y à payer à M. Z Y la somme de 132’379,41 euro, l’arrêt d’appel retient que, par testament olographe en date du 10 août 1987, ce dernier a révoqué toute donation faite au profit de Mme X Y, la privant de tout usufruit sur les biens de sa succession, et a institué son fils légataire universel ; le 7 août 1987, le défunt avait écrit à son notaire pour désigner son fils comme seul et unique héritier ; l’arrêt retient encore que A Y avait expressément indiqué, dans un écrit daté du 29 juillet 1987 et signé, que le capital-décès de son assurance-vie revenait à son fils ; que ce document, de façon autonome par rapport au testament olographe du 10 août 1987, comporte incontestablement une intention révocatoire de la clause bénéficiaire et a pour effet de détruire valablement l’attribution primitive du capital-décès à Mme X Y, en lui substituant M. Z Y ; que ce document est cohérent, dans un contexte de séparation des époux Y, avec les autres dispositions testamentaires du défunt qui visent à instituer son fils légataire de tous ses biens ; qu’en conservant les fonds malgré la connaissance qu’elle avait de la lettre du 29 juillet 1987, Mme X Y a commis une faute en contrevenant aux dernières volontés du défunt ; qu’il résulte de cette faute un préjudice pour l’appelant équivalent au montant du capital-décès.

En statuant ainsi, alors qu’elle constatait que l’écrit daté du 29 juillet 1987 avait été envoyé à l’assureur le 18 octobre 1991, soit postérieurement au décès de A Y, ce dont il résultait que l’assureur n’en avait pas eu connaissance du vivant de l’assuré, et alors qu’elle n’a pas caractérisé que cet écrit constituait un testament olographe dont M. Z Y aurait été fondé à se prévaloir, la cour d’appel n’a pas tiré les conséquences légales de ses constatations et a violé le texte susvisé.


  • Arrêt n° 815 du 13 juin 2019 (pourvoi n° 18-14.954) – Cour de cassation – Deuxième chambre civile

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