De la responsabilité propre du #notaire en participation

Le respect par le notaire en participation de son devoir d’information et de conseil s’apprécie indépendamment des obligations incombant au notaire rédacteur.

En l’espèce, le notaire en participation a manqué à son obligation d’information. En effet, il a participé aux actes d’acquisition par la SCI de la propriété d’un ensemble immobilier et a par ailleurs débloqué et transféré les fonds au notaire rédacteur. Le compromis de vente signé entre la société vendeur et l’acheteur était muet sur l’existence d’un arrêté de péril, mais comportait une condition suspensive consistant en l’obtention par la mairie du lieu d’une notice de renseignements d’urbanisme ne révélant pas de servitude administrative faisant obstacle à la libre disposition de l’immeuble vendu, conformément à sa destination, ou susceptible d’en diminuer la valeur. La notice d’urbanisme mentionnait l’existence d’un arrêté de péril. Or, cette mention était libellée en lettres de taille bien inférieure à celles des autres clauses de l’acte et ne figurait pas à l’acte de manière apparente.

Il n’est pas établi que l’acquéreur ait été complètement informé sur la situation de péril menaçant l’immeuble préalablement à la signature des actes. Il incombait donc au notaire, en l’absence de précision relative à l’origine de propriété de l’immeuble dans le compromis de vente, de faire preuve d’une particulière vigilance avant la signature des actes authentiques.

Le manquement du notaire à son devoir de conseil a fait perdre à l’acquéreur une chance de renoncer à l’achat de l’ensemble immobilier compte tenu des conséquences attachées à l’arrêté de péril en cours. L’acquéreur avait de grandes chances de ne pas conclure la vente, dès lors que l’existence de l’arrêté de péril faisait obstacle à la réalisation de la condition suspensive à la charge du vendeur. Cette perte de chance est estimée à 90 % du montant du prix de vente augmenté des frais accessoires à la vente et du coût des travaux réalisés par l’acquéreur rendus nécessaires par l’arrêté de péril imminent. Il y a lieu de condamner le notaire au versement de la somme de 228’168 € à titre de dommages-intérêts et de la somme de 5’000 € à titre de dommages-intérêts en réparation du préjudice moral.


  • Cour d’appel de Dijon, 1re chambre civile, 9 avril 2019 – RG n° 17/01018

 

 

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