Le propriétaire bailleur a empêché la jouissance paisible des lieux loués

Aux termes de l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989, le bailleur a l’obligation d’assurer au preneur une jouissance paisible des lieux loués.

L’article 1721 du Code civil prévoit qu’il est dû garantie au preneur de tous les vices ou défauts de la chose louée qui en empêche l’usage, quand même les bailleurs ne les auraient pas connus lors du bail et l’alinéa 2 précise que s’il résulte de ces vices ou défauts quelques pertes pour le preneur, le bailleur est tenu de l’indemniser.

S’agissant de la privation du portail électrique alléguée par Madame P., les bailleurs font valoir que cet équipement n’étant pas mentionné au contrat de bail, ils ne sauraient être tenus d’en délivrer un identique. Ils ajoutent qu’ils ont dû faire face à deux pannes successives de ce portail et qu’ils l’ont finalement remplacé par un nouveau portail répondant aux exigences du voisinage et impossible à électrifier.

Or, outre le fait que l’affirmation des bailleurs quant à l’impossibilité d’électrifier le nouveau portail est contredite par l’attestation de la société Lucarne spécialisée en matière de portail, produite par Mme P., il est établi par le témoignage de Monsieur B., ancien propriétaire, que le portail à deux battants était électrique, que la locataire bénéficiait d’une télécommande pour laquelle elle avait payé une caution de 15 €, de sorte qu’il y a lieu de considérer que, s’agissant d’un élément commun à l’ensemble de l’immeuble et non d’un élément privatif, le fait que l’électrification du portail ne soit pas précisée dans le contrat de bail au titre des équipements privatifs, est sans emport.

Néanmoins, il y a lieu de prendre en compte le fait que madame P. avait, par courrier recommandé réceptionné le 7 mai 2015, sollicité la remise en fonction du système électrique télécommandé d’ouverture et de fermeture du portail, faisant état de la dégradation de son état de santé et de sa mise en invalidité à 80 %, sans que les bailleurs n’y prennent égard, au contraire, puisque les témoignages d’amis de la locataire ou de personnels soignants intervenant à domicile, attestent de la volonté des consorts H. de rendre à Mme P. moins facile l’accès à son domicile.

Enfin, force est de constater que les consorts H., qui se prévalent des exigences du voisinage quant à la nécessité de réduire l’envergure d’ouverture du portail entraînant l’impossibilité de l’électrifier, n’apportent aucune preuve de la réalité de leurs allégations.

Il s’ensuit que, contrairement à ce qu’a retenu le premier juge, la présence d’un portail électrique facilitant l’entrée et la sortie de l’immeuble dans lequel un appartement a été loué à Mme P., et dont il est établi qu’elle en a été privée alors même qu’elle en avait un besoin accru en raison de son état de santé, est constitutif d’un trouble de jouissance d’un équipement accessoire au contrat de bail.

S’agissant de la privation des espaces verts et de la piscine, alors que leur accès libre est prévu au contrat de bail, sans mention de la présence obligatoire d’un adulte, telle qu’en fait mention, probablement ajoutée, l’exemplaire produit par les bailleurs, Mme P. entend démontrer par les photos produites que les consorts H. ont installé une serre et des rangées de bois, limitant ainsi les espaces verts. Le témoignage de son fils précise qu’il n’a pu retourner dans la piscine qu’après autorisation de Mme H.

Les bailleurs soutiennent avoir dû réagir aux troubles de voisinage causés par le fils de leur locataire et de ses amis lors de baignades. Cependant, ils ne rapportent aucunement la preuve d’un manquement par la locataire ou les occupants de son chef à l’obligation de jouissance paisible.

Dès lors il y a lieu de constater l’existence d’un trouble de jouissance subi par Mme P., lié à la privation de la piscine et d’une petite partie des espaces vert, en ce que leur accès a été limité unilatéralement par les bailleurs.

S’agissant de la privation de la cave, il convient de constater que ce local est mentionné au contrat de bail original produit par Mme P. mais ne figure pas sur la copie détenue par les consorts H.

Dès lors que le commandement de payer en date du 12 janvier 2017 émanant de l’huissier de justice mandaté par les bailleurs, mentionne que la location comprend une cave, il doit être retenu qu’elle faisait partie intégrante des lieux loués, et, comme le reconnaissent les bailleurs, que Mme P. n’a pu en jouir.

S’agissant de l’éclairage de l’escalier commun à l’immeuble, à l’instar du premier juge, il est observé que Mme P. ne justifie pas du grief allégué.

Il résulte de l’ensemble de ces éléments que le jugement sera confirmé en ce qu’il a retenu un préjudice de jouissance subi par madame P. en raison de la privation de la cave et condamné les consorts H. au paiement d’une somme de 200 EUR de ce chef et en ce qu’il a débouté la même de sa demande d’indemnisation au titre de la privation de l’éclairage des escaliers menant à la propriété. Il sera par contre infirmé en ce qu’il a débouté madame P. de sa demande au titre de la réparation de son préjudice de jouissance du portail électrique et de l’accès libre aux espaces verts et à la piscine.

Ce préjudice sera évalué à la somme de 800 EUR au paiement de laquelle seront condamnés les consorts H.

Jérôme Basoche


  • Cour d’appel de Colmar, 3e chambre civile, section A, 17 août 2020, RG n° 18/04157

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