D’aucuns font chauffer la carte bancaire ce jour de Black Friday, Lagarde elle fera chauffer la planche à billets d’euros le 9 décembre

Le 13 novembre, Christine Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne (BCE)a promis encore plus de QE (Quantitative Easing).

Rappelons que le QE est le fait, pour une banque centrale, ici la Banque Centrale Européenne, d’acheter auprès des banques des actifs (en général des titres) avec de la monnaie qu’elle crée. C’est en fait un outil permettant d’injecter de l’argent dans les circuits de l’économie, avec l’espoir de la faire repartir. On dit alors que la banque centrale fait tourner la « planche à billet », sauf qu’il n’y a ni planche, ni billets, mais seulement un jeu d’écritures : la banque centrale écrit dans ces registres la somme d’argent utilisée pour acheter les titres, en fait les titres les plus pourris détenus par les banques. Le prédécesseur de Christine Lagarde, Mario Draghi, a créé le QE, sa successeur le booste.

Christine Lagarde a laissé entendre sans ambiguïté que des centaines de milliards d’euros de plus sont dans les tuyaux pour le 9 décembre. Les prévisions vont aujourd’hui de 750 à 1’000 milliards d’euros (1’350 milliards promis dont 640 milliards déjà injectés). Rien que cela.

Il fallait baptiser cette nouvelle émission d’euros, à défaut de la justifier. Lagarde l’a fait en mettant en avant la pandémie de COVID-19. Ce QE « sauce covid » s’appelle « Pandemic Emergency Purchase Program », en abrégé  PEPP. Il consiste, comme le précédent, à racheter les dettes des États membres de la Zone Euro ainsi que celles des multinationales. Rien de nouveau, sauf que le statut de la BCE lui interdit de financer les Etats membres, même pour une oeuvre charitable. Peu importe et même si les Etats du nord de l’Europe sont réticents, nonobstant aussi les décisions et avertissements de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe.

Ajoutons que le PEEP s’accompagne du lancement d’une nouvelle opération ciblée de refinancement de long terme appelé TLTRO (Targeted Longer-Term Refinancing) qui permet d’emprunter au guichet de la BCE au taux de -1 %. Ce qui signifie que les banques sont payées pour emprunter. Les banques remboursent chaque année 1 % de moins. Le montant du TLTRO représente actuellement 1’500 milliards avec les précédentes opérations de ce titre ; le 9 décembre Christine Lagarde annoncera 500 milliards supplémentaires. Beau cadeau de Noël pour les banques emprunteuses.

On ne parlera plus donc de flux d’argent mais d’une vague, que dis-je un tsunami, d’euros, qui risque d’emporter le système. L’euro ne disparaîtra pas en tant que monnaie puisque ce n’est pas une monnaie : c’est un panel des monnaies des Etats membres dont les taux de change entre eux a été gelé le 31 décembre 1998.

Mais alors quelles conséquences ?

Chrsitine Lagarde, elle-même, a déclaré que l’évolution du taux de change pourrait avoir un impact négatif  sur l’inflation. Les plus optimistes parlent de + 2 % par an. Au rythme de 2 %, les prix des biens et services doubleront en 35 ans.

Et s’il n’y avait pas d’inflation, mais au contraire une déflation. Là ce serait la catastrophe immédiate (1).

Devant ces risques, c’est le moment de rappeler que le mandat unique confié par les traités européens à la BCE est de garantir la « stabilité » des prix.

L’ancienne présidente du FMI a déclaré récemment que « l’évolution du taux de change de l’Euro pourrait avoir un impact négatif sur l’inflation ».

Le regard fixé sur la création toujours plus importante d’euros, Christine Lagarde émet des réserves sur l’efficacité des vaccins destinés à protéger de la COVID-19. Elle appelle donc les gouvernements à creuser leurs déficits budgétaires pour combler le fossé « jusqu’à ce que la vaccination de la population soit bien avancée »

De leur côté et pour la plupart d’entre eux, les banquiers centraux ont accueilli la nouvelle des prochains vaccins avec prudence. Pour eux, comme pour Christine Lagarde, la COVID-119  et l’écroulement économique lié aux confinements sont pain béni permettant de faire tourner la planche à billets en toute impunité.

Même si, comme écrit plus haut, il est incorrect de parler de planche à billets, l’euro n’étant pas une monnaie (2), cette création d’euros sans contrepartie – partielle –  l’achat par la BCE des valeurs pourries des banques est une bien faible contrepartie – amène déjà pas mal d’entreprises et de particuliers à se convertir aux cryptomonnaies, type BitCoin, ou à acheter de l’or, des oeuvres d’art, ou encore un certain immobilier.

Et ceux qui se demandent comment la France et d’autres pays européens de la zone euro font pour financer les dépendances entraînées par la pandémie, je les invite à aller faire un tour à Francfort et à jeter un oeil sur les « écritures » de la BCE.


(1) Pascal Riché, L’OBS :

… Mais l’inflation n’est pas une simple convention orchestrée à l’avance. C’est un phénomène avec des gagnants et des perdants, où chacun – entreprise, salarié, épargnant, fournisseur – essaye de tirer son épingle du jeu, d’éviter de prendre du retard. Et ce phénomène a toujours tendance à s’emballer. Tôt ou tard, la banque centrale ou le gouvernement doit intervenir pour stopper cet emballement, par des hausses de taux d’intérêt douloureuses pour l’économie et/ou une politique d’austérité.

Le coût principal de l’inflation, c’est ce probable retour de bâton, qui fait chuter la croissance.

L’autre coût, c’est la déformation de la structure des prix relatifs. Les prix évoluent les uns par rapport aux autres. Si leur évolution est imprévisible, les entreprises prennent de mauvaises décisions. Ils renoncent par exemple à des projets d’investissements qui deviennent trop risqués.

Mais on n’en est pas là. Pour la BCE, l’urgence, n’en déplaise aux anti-QE, est de casser la spirale qui entraîne actuellement la zone euro vers la déflation .

(2) Pour Marc Touati : La « planche à billets » revient à créer de la monnaie ex-nihilo, c’est-à-dire sans création de richesse correspondante. En effet, en temps normal, pour pouvoir créer de la monnaie, la banque centrale d’un pays doit disposer de compensations à l’actif de son bilan, en l’occurrence de l’or, des réserves de changes et des titres (notamment des obligations d’Etat). C’est ce que l’on appelle les contreparties de la masse monétaire. De la sorte, il existe une correspondance entre la monnaie en circulation et la réalité économique du pays.

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