Comment le faussaire Robert Driessen a aussi torpillé les ventes des bronzes de Diego Giacometti

Conséquence de l’engouement pour les œuvres des deux frères Giacometti, Alberto et Diego,  l’affaire Driessen à partir de 2010 a défrayé la chronique, en Allemagne puis dans le monde entier. Pour l’exposé complet de cette affaire, il y a le film de Clara Ott sur France 5 : Un Faux Air de Giacometti

Pour compléter ce remarquable document, je dois ajouter qu’en l’espèce ce sont non seulement des fausses sculptures en bronze d’Alberto Giacometti (1000 ou 1700 selon les sources, dont de nombreux « Homme qui Marche)), mais aussi des faux de l’oeuvre de son frère Diego (200 ou 400 toujours selon les sources) qui ont été découverts. Le « propriétaire » de ces bronzes, Lothar Senke, fut condamné pour recel par le tribunal de Stuttgart à 5 ans et 3 mois de prison. Un couple d’allemand fut escroqué pour 6 millions d’euros et une salle des ventes aux USA avait tout de même vendu une fausse sculpture d’Alberto Giacometti à 27 millions de dollars. Le faussaire, Robert Driessen, de nationalité néerlandaise, se dénonça de Thaïlande, croyant être à l’abri des poursuites, par pure vanité au journal Der Spiegel en 2013. Mais oubliant la portée des accords de Schengen, il fut arrêté à la porte de l’avion du vol Bangkok/Amsterdam en 2014 et condamné à 5 ans de prison par le tribunal de Munich en juin 2015). Il vient d’être libéré pour bonne conduite et a repris son activité en faisant désormais de la vente directe via son site Driessen Art « Original Giacometti Reproductions By R. Driessen ».

Différence notable : Driessen précise qu’il s’agit de reproductions. On pouvait s’en douter en voyant la proposition de vente d’un « Homme qui Marche » à 3000 dollars …

Pour les meubles et sculptures de Diego Giacometti, l’affaire Driessen, laquelle s’est ajoutée à d’autres affaires jugées précédemment, a provoqué un manque de confiance généralisé face à ce qui est mis en vente et attribué à cet artiste. Seuls les meubles et sculptures accompagnés d’un certificat d’authenticité vérifié par l’un des experts de Diego Giacometti ont une chance de trouver preneur, tant en vente de gré à gré que dans une vente aux enchères, et encore …

L’article de ce blog, a écrit en 2016 un article : Meuble meublant ou meuble objet d’art. La difficile évaluation pour le fisc (succession, vente) … Le cas des fauteuils « Tête de lionne » de Diego Giacometti qui doit être complété en fonction de cette nouvelle donne. Il existe autant d’exemplaires de la paire de fauteuils « Tête de Lionne » de Diego Giacometti que d’exemplaires de « L’Homme qui marche » d’Alberto Giacometti. Dans les deux cas, l’immense majorité de ces pièces sont des faux (Driessen) ou contrefaçons (autres affaires), mais seule la cote du premier, Diego, a été altérée.

Très peu d’experts ont osé prendre la défense de l’œuvre de Diego Giacometti. Un dandy américain, James Lord, vivant à Saint Germain des Prés à Paris, s’y attacha. Après le décès de Diego, qu’il avait fréquenté ainsi que son frère, il émit des certificats manuscrits au dos de photographies des œuvres de Diego. Même des contrefaçons évidentes furent attestées authentiques. Pire encore, à partir des années 2000, de faux certificats “James LORD” furent réalisés par un expert en salle des ventes.

Les maisons de ventes aux enchères et les marchands sérieux cherchèrent d’autres experts pour les garantir sur l’authenticité des œuvres de Diego. Ils s’adressèrent à l’ancien inspecteur de police Denis Vincenot, devenu expert près la Cour d’appel de Dijon, et au ferronnier Franz Monse assisté de Pierre Basse (Cf. article de la Gazette de l’Hôtel Drouot n° 24 du 19 juin 2015). Quant à l’expert Gilles Perrault, comme il l’écrit sur son blog, s’il se tient toujours en retrait des acteurs du marché, par souci d’indépendance (il était intervenu dans une précédente procédure en 2003), il reste très actif pour la défense de l’artiste.

Quant aux héritiers suisses de Diego Giacometti, à l’origine des affaires précitées, ils continuent de stopper ce qui leur parait insupportable et appréhendable.

Dire que la cote des oeuvres de Diego Giacometti a été altérée n’est peut-être pas la conclusion exacte. En fait, il n’y a plus de cote puisqu’il n’y a pratiquement plus de marché.

La vente d’une pièce attribuée à Diego Giacometti n’est plus possible désormais, sans la production d’un certificat d’authenticité vérifié par l’un des très rares experts de l’oeuvre de cet artiste, ce qui est et qui restera exceptionnel. De plus fort, les acquéreurs passés s’estimant floués tentent de se faire rembourser, ajoutant à la confusion.

Les faux et contrefaçons de l’affaire Driessen ont été jetés, sous le contrôle de la police, dans le four d’une fonderie allemande. Il en est sorti des lingots de laiton marqués « GIACOMETTI », avec une mention de faux.

Diego Giacometti avait souhaité que son oeuvre ne soit pas divulguée et que tout ce qui garnissait son atelier soit détruit après lui. Il est décédé en 1985 ; il aura fallu plus de trente années pour que son voeu soit exaucé. Respect.


Sources : les articles sur les blogs des deux experts, Gilles Perrault et Denis Vincenot