Qui, à part les anciens salariés, se souvient de la reprise de Testut par le groupe Bernard Tapie et de sa liquidation après le licenciement de plusieurs centaines de personnes

 

Il a sauvé l’OM mais coulé Testut

Hélas, il (le groupe Testut) a eu à subir ces derniers temps le comportement de prétendus «gagneurs de l’industrie» scandaleusement encensés dans les années 1980

(Testut était à Béthune, il était aussi à Port-sur-Saône)

M. Rémy Auchede attire l’attention de M. le ministre de l’industrie, de la poste et des télécommunications sur les difficultés du groupe Testut qui emploie 550 personnes, notamment sur le site de Béthune. En 1983 et 1986, ce groupe a déjà subi des vagues de licenciements. Les difficultés se sont aggravées en 1993 en liaison avec celles de Bernard Tapie Finances. Il reste que les salariés sont menacés alors que ce groupe est leader en France, troisième en Europe, et cinquième au monde sur le marche du pesage. Il lui demande ce que l’Etat compte faire pour préserver l’outil industriel et l’emploi sur les sites concernés, et notamment à Béthune, région gravement touchée par le chômage.

Publication au J.O. Assemblée nationale du 14 novembre 1995

Question au Ministère de l’Industrie, de la Poste et des Télécommunications

Ma question porte sur le devenir du groupe Testut-Lutrana SB, implanté pour l’essentiel sur les sites de Béthune dans le Pas-de-Calais et de Viry-Chatillon dans l’Essonne, et surtout sur le sort des 550 salariés de ces entreprises.

Le devenir de ces travailleurs, employés, ingénieurs, est aujourd’hui, pour une large part, dépendant du bon vouloir du Crédit Lyonnais et, en dernière analyse, de l’Etat. Vous comprendrez bien leur inquiétude, surtout dans ces deux régions particulièrement touchées par le chômage, et ou de nouveaux licenciements seraient dramatiques pour les familles concernées.

Dramatiques et incompréhensibles car, après avoir connu bien des aléas, ce groupe n’en reste pas moins viable et crédible a tous égards. En 1994, le groupe Testut était recensé comme leader en France, troisième en Europe et cinquième au monde sur le marche du pesage. Son activité s’étend de la balance de laboratoire au pont-bascule, intégrant, pour l’ensemble de ces productions, les technologies les plus avancées. C’est d’ailleurs la seule société de son secteur en Europe à présenter une variété de produits de pesage lui permettant de répondre à toutes les évolutions du marché.

Tout cela a été préservé grâce au personnel qui, depuis longtemps, se bat avec l’appui des syndicats pour garantir le devenir industriel du groupe. Hélas, il a eu à subir ces derniers temps le comportement de prétendus «gagneurs de l’industrie» scandaleusement encensés dans les années 1980. Mon propos n’est certes pas de ressasser le passé, mais il faut tout de même l’évoquer brièvement.

En 1983, alors que Testut vient d’être repris par Bernard Tapie Finances, Bernard Tapie s’engage, devant tout le personnel, les syndicats et les représentants des pouvoirs publics, à maintenir les 300 emplois de Béthune et à créer deux ateliers, soit environ quarante autres emplois, sur le site. Mais, quelques mois plus tard, se succèdent trois vagues de licenciements: une première de quarante-six licenciements des mai 1983, une deuxième de cinquante-six licenciements en juillet 1983 et une troisième de soixante licenciements en juillet 1986. Le pire est encore à venir.

En 1993, des difficultés plus graves surgissent. Elles s’expliquent en partie, c’est incontestable, par la conjoncture et l’état du marché; mais l’entreprise subit surtout les effets des affaires judiciaires auxquelles le groupe BTF est mêlé. La crédibilité de l’entreprise, la confiance au plan commercial et dans les rapports avec les salariés se trouvent affectées par ces tribulations lamentables, au grand dam du personnel qui n’y peut rien et qui n’a pas à payer les conséquences des actes accomplis par d’autres. Convenez avec moi que ce serait immoral, injuste et absurde, y compris sur le plan économique, puisque cette entreprise, je le répète, est viable.

Il n’est pas concevable de continuer à jouer avec cet outil industriel moderne et avec l’avenir des salaries concernés. La suite dépend désormais du comportement qu’adoptera le Crédit Lyonnais pour la poursuite des activités industrielles du groupe Testut. Mais l’Etat a aussi son mot à dire. Le Gouvernement doit prendre ses responsabilités. Il ne s’agit pas, en la circonstance, de sauver un canard boiteux, comme on a pu appeler certaines entreprises; il s’agit tout au contraire de préserver des emplois correspondant à une réalité industrielle de dimension nationale et même internationale.

J’ose croire que le Gouvernement, sensible au problème de l’emploi, fera tout ce qu’il faut pour qu’il en soit ainsi, au nom de ses propres critères économiques, tout simplement, mais aussi au nom de la morale: il serait déplorable que les salariés paient la note d’actes répréhensibles accomplis par des gestionnaires douteux. Monsieur le ministre, je vous serais reconnaissant de nous informer sur ce que vous comptez faire pour l’évolution et le devenir du groupe Testut.

Réponse de M. Franck Borotra, ministre de l’industrie, de la poste et des telecommunications

Monsieur le député, vous avez raison: Testut est une entreprise de grande compétence, leader dans son secteur. Du reste, en mars 1995, l’Institut français du design lui a décerné un «Janus» de l’industrie récompensant l’innovation et le design. Testut est globalement une entreprise viable; j’ajoute qu’elle est la victime d’un sinistre dont elle n’est pas responsable.

Cela dit, le groupe rencontre aujourd’hui des difficultés liées à la situation de son ancien propriétaire, Bernard Tapie Finances, que vous avez évoquée, et son sort relève désormais d’une décision judiciaire.

Le tribunal de commerce de Paris a décidé le 25 octobre 1995 d’attribuer à la Société de banque occidentale, filiale du Crédit Lyonnais, les actions de Bernard Tapie Finances. La SDBO se retrouve ainsi propriétaire des filiales industrielles de BTF, parmi lesquelles figure Testut. Cette décision doit permettre à l’entreprise de sortir du circuit judiciaire sous forme, à ma connaissance, d’un plan de continuation. Il appartient à son nouvel actionnaire d’en assumer la responsabilité, en vue d’une probable cession.

Sachant que Testut est effectivement viable, il faut que cette cession s’effectue dans le respect de l’intérêt industriel de cette entreprise. Mes services vont donc suivre avec attention l’évolution de Testut. Vous l’avez rappelé tout à l’heure, cette entreprise emploie 550 personnes, dont 242 à Béthune et la totalité de sa production est réalisée en France. Je demanderai aux services du ministère de favoriser les contacts entre le Crédit Lyonnais et tout candidat repreneur offrant des garanties pour le maintien de l’activité de Testut en France et pour son développement. Nous resterons en tout cas très vigilants sur l’évolution de cette affaire.

Un commentaire

  1. En 1984 ou 1985, routier, j’étais à LISIEUX de bon matin dans un café ouvrier, les habitués débordaient de joie à l’annonce de la reprise de WONDER par TAPIE.

    On connaît la suite …

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