L’avocat sous la dépendance économique de son client

Selon l’ordonnance attaquée rendue, sur renvoi après cassation (2e Civ., 25 octobre 2018, n° 17-24.606), par le premier président d’une cour d’appel (Saint-Denis de la Réunion, 5 novembre 2019), la délégation Unedic AGS (l’AGS) a confié à M. [S] (l’avocat) la défense de ses intérêts dans une série de dossiers concernant les salariés d’une même association, l’ARAST.

Alors que l’avocat avait suivi l’ensemble de ceux-ci en première instance, l’AGS l’a chargé de suivre la procédure en appel pour sept-cent-quatre-vingt-quinze dossiers et en a confié cent-quarante à un autre avocat. Ayant été dessaisi en cours d’instance, l’avocat a demandé au bâtonnier de son ordre de fixer ses honoraires en faisant valoir qu’il avait droit à un complément d’honoraires pour la première instance, à des honoraires pour la procédure d’appel et à une rémunération de son intervention lors de la procédure collective de l’ARAST.

Selon l’article 1111 ancien du code civil applicable à la cause, la violence exercée contre celui qui a contracté l’obligation est une cause de nullité. Selon l’article 1er de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971, la profession d’avocat est une profession libérale et indépendante et, selon son article 3, l’avocat prête serment d’exercer ses fonctions « avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité ». S’il résulte de ces deux derniers textes que l’avocat doit en toutes circonstances être guidé dans l’exercice de sa profession par le respect de ces principes et s’il doit, en particulier, veiller à préserver son indépendance, ces dispositions ne sauraient priver l’avocat, qui se trouve dans une situation de dépendance économique vis à vis de son client, du droit, dont dispose tout contractant, d’invoquer un consentement vicié par la violence, et de se prévaloir ainsi de la nullité de l’accord d’honoraires conclu avec ce client.

Dans cette affaire, l’AGS a confié à l’avocat la défense de ses intérêts dans une série de dossiers concernant les salariés d’une même association. Alors que l’avocat avait suivi l’ensemble de ceux-ci en première instance, l’AGS l’a chargé de suivre la procédure en appel pour 795 dossiers et en a confié 140 à un autre avocat.

Ayant été dessaisi en cours d’instance, l’avocat a demandé au bâtonnier de son ordre de fixer ses honoraires en faisant valoir qu’il avait droit à un complément d’honoraires pour la première instance, à des honoraires pour la procédure d’appel et à une rémunération de son intervention lors de la procédure collective de l’association. Ayant caractérisé l’état de dépendance économique dans lequel l’avocat se trouvait à l’égard de l’AGS, ainsi que l’avantage excessif que cette dernière en avait tiré, l’arrêt attaqué en a justement déduit que cette situation de contrainte était constitutive d’un vice du consentement au sens de l’article 1111 ancien du code civil, excluant la réalité d’un accord d’honoraires librement consenti entre les parties, et fixé les honoraires dus à l’avocat en application des critères définis à l’article 10 de la loi du 31 décembre 1971.


  • Cour de cassation, 2e chambre civile, 9 décembre 2021, pourvoi n° 20-10.096