Le notaire doit prouver l’exécution de son devoir de conseil (impossibilité de louer le logement acquis)

En sa qualité d’officier public, le notaire rédacteur de l’acte est tenu d’assurer l’efficacité des actes auxquels il est requis de donner la forme authentique. Il est par ailleurs tenu d’éclairer les parties et d’appeler leur attention de manière complète et circonstanciée sur la portée, les effets et les risques des actes auxquels il prête son concours.

Le notaire doit prouver l’exécution de son devoir de conseil.

En l’espèce, il n’est pas contesté que l’article 40-4 du règlement sanitaire départemental conditionne le caractère habitable à une hauteur sous plafond au moins égale à 2,20 mètres, étant en cela plus restrictif que l’article 4 du décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent.

Il en résulte que le bien acquis par Mme Z ne peut être donné en location.

Contrairement à ce qu’a retenu le tribunal, la simple lecture des documents relatifs au prêt bancaire que le notaire avait en sa possession au moment de l’établissement de l’acte ne lui permettait pas nécessairement d’appréhender la finalité du projet d’acquisition.

C’est cependant vainement que maître A tente de décliner sa responsabilité en faisant valoir que Mme Z n’établit pas l’avoir informé de son intention de mettre le bien en location, de sorte que la possibilité de louer n’était pas entrée dans le champ contractuel et n’était pas un élément déterminant de son acquisition.

En effet, s’il n’incombe pas au notaire de se rendre sur les lieux et de vérifier l’habitabilité des locaux, en revanche, il appartenait à maître A, notaire à Anthony ( Hauts de Seine) qui a accepté d’instrumenter une vente en Ille-et-Vilaine, de s’assurer de la réglementation en vigueur dans ce département en matière d’habitabilité des logements.

L’habitabilité d’un logement pour soi-même ou pour autrui, ce qui renvoie à la possibilité de louer, est une qualité essentielle attendue de tout acquéreur d’un bien immobilier à usage d’habitation.

Or, il est établi que maître A n’a fait aucune vérification de ce chef, ainsi qu’il résulte de ses propres conclusions de première instance datées du 6 octobre 2017 aux termes desquelles il admet qu’il « n’avait pas de raison de douter que le bien vendu ne pouvait être destiné à l’habitation. »

En outre, il importe peu que l’usage immédiat auquel Mme Z destinait son appartement n’ait pas été spécifié ni au notaire ni dans les actes qu’il avait en sa possession, dès lors que la possibilité à court, moyen ou plus long terme, de pouvoir mettre son appartement en location relève pour tout propriétaire de l’usage normal de ce type de bien et que cette non conformité pouvait également avoir un impact négatif lors de la revente, ce qu’en tant que professionnel de la transaction immobilière, il ne pouvait ignorer.

Il lui appartenait certes d’interroger utilement Mme Z sur ses intentions mais surtout de procéder aux vérifications nécessaires quant à la conformité du bien vendu aux normes d’habitabilité.

Maître A ne justifie pas avoir effectué ces diligences, ce qui l’a empêché de délivrer à Mme Z une information complète et circonstanciée sur la portée, les effets et les risques de l’acte envisagé, manquant ainsi à son devoir de conseil.

La faute est caractérisée.

Sur le lien de causalité et le préjudice

Le préjudice causé par le manquement du notaire à son devoir de conseil ne peut s’analyser qu’en une perte de chance.

En l’espèce, Mme Z ne peut soutenir que son préjudice correspond à la perte de chance de ne pas avoir acheté cet appartement insusceptible d’être loué compte tenu de sa non conformité au règlement sanitaire départemental.

En effet, il y a lieu de considérer que même mieux informée, celle-ci n’aurait pas renoncé à acheter cet appartement dans la ville très prisée de Saint-Malo, compte tenu du prix de vente très attractif lié à l’état de l’immeuble dont elle était informée (mérule). Il est d’ailleurs observé qu’en définitive, celle-ci a conservé cet appartement en renonçant à son action en résolution ou annulation de la vente.

En revanche, il est certain que connaissant la non conformité du bien vendu, Mme Z aurait pu obtenir une marge de négociation supplémentaire. Elle a donc perdu une chance d’acquérir à un meilleur prix.

Au regard du prix d’acquisition déjà bas pour ce bien immobilier composé d’un appartement de deux pièces d’une superficie de 31,25 m² situé au premier étage, d’un WC sur palier et d’un dégagement à (53.000 EUR, soit 1.696 €/m²), la marge de négociation ne pouvait raisonnablement excéder 6.000 € (soit 1504 euros /m²) .

La probabilité d’obtenir une diminution dans une telle proportion doit être considérée comme modérée et sera fixée à 50% dans la mesure où le prix de vente était déjà bas, afin de tenir compte des vices affectant l’immeuble (mérule) et des travaux à prévoir. Pour autant, s’agissant d’un bien dépendant d’une indivision successorale, soumis au statut de la copropriété, pour lesquels des travaux d’ampleur étaient à prévoir et qui ne pouvait être loué, les co-indivisaires pouvaient avoir tout intérêt à se débarrasser de ce bien afin de liquider rapidement la succession et ne supporter aucun frais.

Dès lors, il convient de considérer que le manquement du notaire à son obligation de conseil, en s’abstenant de lui délivrer une information complète et circonstanciée sur l’impossibilité de louer le bien au regard du règlement sanitaire départemental a entraîné pour Mme Z une perte de chance devant être indemnisée à hauteur de 3.000 EUR (6.000 € x 50%).

Après infirmation du jugement, maître A sera condamné à payer à Mme Z la somme de 3.000 EUR, avec intérêts au taux légal à compter de l’assignation.


  • Cour d’appel de Rennes, 1ère chambre, 10 mai 2022, RG n° 21/03474